#MondoCorrespondance : les affaire de langues c’est délicat au Cameroun !

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Bonjour Ritzamarum,

J’ai reçu ta lettre il y a bien des jours, j’ai pris bien trop de temps pour te répondre, j’en suis sincèrement désolée. J’ai vécu des jours difficiles dernièrement et dans de tels moments j’ai du mal à retrouver le positif et l’optimisme qui me caractérisent généralement. Il a des jours sans et des jours avec comme on dit. Mais bon, t’inquiète, sç me passera bien vite. En revanche, je suis bien contente que le dernier thème du #MondoChallenge et ma contribution aient réussi à t’égayer un peu. Hourra !

Le Cameroun c l’Afrique en miniature…..

Je peux t’assurer que j’ai lu ta dernière correspondance avec beaucoup d’attention. Je hochais la tête comme un margouillat sous le soleil pendant que je lisais, tant je trouvais tes propos plein de sagesse et de bon sens. Je suis d’accord avec toi, la langue seule ne suffit pas à faire les citoyens d’un pays. Il y a aussi l’histoire qu’on a en commun, les croyances et les coutumes qu’on partage, les valeurs, les pratiques etc. Je t’avoue quand même qu’au Cameroun c’est une affaire assez délicate. Au Cameroun on a répertorié pas moins de 260 ethnies avec autant, sinon plus, de langues parlées. On y trouve de tout si j’ose dire : kirdis, sahéliens,  peuls, bantou, semi-bantou, etc. C’est une véritable Afrique en miniature et un pays d’une immense richesse culturelle. Je n’aimerais pas être à la place de nos dirigeants ! S’il fallait choisir une langue parmi toutes celles-là pour en faire la langue nationale… Sur quelle base est-ce qu’on la choisirait ? A partir de la densité de la population par région ? Sur la base de la superficie ? En recherchant les tribus ou les ethnies les plus anciennes ? Ou encore la langue la plus belle, ou sinon la plus facile à apprendre peut-être ? etc. Tu conviendras avec moi que ce serait un exercice assez délicat vu le contexte culturel.

Cher ami, affaire de français et d’intello là, c’est commun aussi chez nous. Il n’est pas rare de voir un interlocuteur en reprendre un autre pendant qu’il est en plein dans une conversation ou encore voir des journalistes (et mêmes des figures publiques) se « clasher » l’un l’autre sur les réseaux sociaux pour une faute d’orthographe que x ou y a commise. Parfois juste pour prouver que l’on est supérieur à l’autre. C’est bien dommage et je trouve cela tellement futile.

Je voudrais que tous te lisent…

En réalité, j’aurais voulu pouvoir faire lire ta correspondance aux élites, à nos gouvernants comme aux populations et même aux leaders d’opinion pour que le plus grand nombre s’en inspire. J’ai mal quand je vois mon pays au bord de la crise sociale et politique. Depuis trois semaines, c’est l’escalade, cette crise a pris un tour encore plus grave : des gendarmes ont été assassinés, les villes principales des deux régions anglophones ont vu leur dispositif militaire renforcé et ont été mises sous couvre-feu. Cette partie-là du pays est pratiquement paralysée et les activités économiques sont au point mort. Tu peux t’imaginer la tension qui y règne.

Il y a quelques jours, les parlementaires ont repris les chemins de l’Assemblée pour la dernière session de l’année, novembre 2017 mais le principal parti d’opposition de notre pays, le Social Democratic Front (SDF), a décidé de boycotter cette rencontre. Si je te dis que c’est un parti dont le « chairman » (le président du parti) est un ressortissant de la région du Nord-Ouest (région anglophone) et l’une des figures politiques les plus connues et controversées de mon pays, tu comprendrais certainement la portée d’un tel acte, l’’incompréhension que cela crée dans un camp et l’acquiescement que cela génère dans l’autre. Je suis bien obligée de te parler en terme de « camp », tu ne peux pas savoir combien ça me coûte… Je me sens un peu comme une enfant prise dans une dispute concernant ses deux parents. On ne saurait choisir un « camp » dans une situation pareille. Tu te souviens dans ma dernière correspondance, je t’ai fait part de mon attachement aux Francophones comme au Anglophones.

Vivement qu’un cadre propice au dialogue de tous les acteurs concernés soit mis en place et que tous mes frères et sœurs camerounais retrouvent la joie et le privilège de partager cette belle terre qu’est mon pays. (Tu vois, je te l’avais dit, j’ai vite retrouvée mon optimisme !)

Sur ce, je file vite avant qu’on ne me prenne à pianoter sur un ordinateur (je suis censée garder le lit !). Cela m’a fait un bien fou de t’écrire, c’est un réel plaisir. J’ai hâte de te relire. En attendant je vais faire lire ta correspondance à autant de gens que possible pour partager avec eux tes sages inspirations. Si tu le veux bien, bien sûr !

Aller, à très vite Zamar,

Porte-toi bien !

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