#MondoCorrespondance : «Moi je rêve pour mon pays et pour toute l’Afrique…»

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Note de l’équipe de Mondoblog : #MondoCorrespondance est un échange de lettres entre Mondoblogueurs de différents pays, sous forme de billets, lancé par Ritzamarum Zétrenne

 

Cher Ritzamarum,

Cela m’a mis du baume au cœur, malgré le triste événement du 17 octobre dans ton Haïti natal, de recevoir ta lettre. Dans un monde où l’on court toujours après le temps, où les gens s’écrivent peu et souvent à coups de SMS abrégés parfois incompréhensibles, je me suis sentie honorée à la lecture de ton courrier. Je ne me rappelle pas de la dernière fois où l’on a pris autant de temps pour m’écrire. Je suis heureuse de cette correspondance.

Mon cher ami, c’est avec beaucoup d’émotion et de tristesse que je constate que dans ton pays la jeunesse souffre des mêmes maux qu’ici chez moi. Au Cameroun, le problème de l’emploi et de l’orientation des jeunes est d’autant plus grave que la population est plus concentrée dans les deux villes principales du pays, Douala et Yaoundé, la décentralisation promise par le gouvernement n’étant pas encore très effective. Les quelques jeunes qui réussissent à avoir des emplois sont très souvent sous-payés, exploités et maltraités par leurs employeurs. Ici, beaucoup de jeunes ne rêvent plus et n’ont pas d’ambition. Certains font des pieds et des mains pour avoir un « *matricule ». Et pourtant, à mon avis, on a plus que besoin d’une jeunesse qui prend des risques et qui entreprend. Je rêve pour mon pays et pour toute l’Afrique d’une jeunesse qui entreprend, qui vend la beauté de l’Afrique, mon si beau et riche continent.

Malgré tout, il y en a de plus en plus qui se démarquent et se lancent. Tu as certainement entendu parler du jeune Arthur Zang et de son « Cardiopad » ou de Madiba Olivier et de « Kiro Games ». Ces jeunes-là me rappellent à chaque fois que l’espoir me manque, que tout est possible, qu’il suffit d’y croire et de travailler. J’ose espérer que cela t’inspirera aussi. Il nous faut impérativement croire en un lendemain meilleur.

Je ne saurais t’écrire sans parler de la crise anglophone qui secoue mon pays depuis octobre 2016. De mémoire, aucune crise vécue dans mon pays ne m’a autant affectée ou interpellée.

Bref récap

Pour la petite histoire, le Cameroun a deux langues officielles, l’anglais et le français, héritées de la colonisation. C’est ainsi qu’une majorité des camerounais est dite francophone et une minorité anglophone. A l’origine de cette crise étaient des revendications d’intégration des enseignants et de prises en compte des particularités linguistiques des avocats anglophones. Malheureusement, la crise linguistique est devenue une crise sociale. L’année académique dans les régions principales du Cameroun anglophone (le Sud-Ouest et le Nord-Ouest) a été fortement perturbée suite à cela. Il y a même eu beaucoup de violences et un courant sécessionniste est né. Courant qui a voulu organiser une marche le 1er octobre dernier pour demander la sécession. Tu dois bien te douter que le gouvernement de mon pays a dit non, niet, nada, no. Il y a eu des mobilisations des forces armées. La situation était tellement tendue que les manifestations ont dégénéré et des gens y ont malheureusement perdu la vie. Tout ça m’attriste d’autant plus que ça remet en cause l’unité nationale dans mon pays. Faut dire qu’on parle plus de 260 langues différentes au Cameroun et qu’on a presque autant d’ethnies.

Comme je te disais tantôt, cette crise m’affecte d’autant plus que je suis originaire du Cameroun francophone, mais je suis née, j’ai grandi et j’ai suivi mes études dans la partie anglophone de mon pays. Personnellement, je ne me suis jamais définie comme anglophone ou francophone. J’ai des attaches partout et je me sens chez moi chez partout où je vais. Alors tu peux imaginer à quel point ça m’attriste. Je me sens comme déchirée. Je prie que la paix règne dans mon pays et qu’à force de dialogue tous les différends soient réglés.

Voilà… Il est 15h à ma montre, le devoir m’appelle et j’ai des échéances à respecter. J’espère que tu trouveras un peu de réconfort dans ma lettre.

J’aimerais beaucoup que lors de nos prochains échanges tu me parles des particularités de ton beau pays Haïti.

Bien des choses !

Ton amie Valentine…

*Au Cameroun avoir un matricule signifie être un fonctionnaire de l’État. cela renvoi à une forme de sécurité et d’avantage comparé aux cadres d’entreprises privé qui peuvent licenciés à tout moment.

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2 commentaires

  1. Ritzamarum Zétrenne · octobre 20

    Wow! Il ne peut y avoir de meilleure réponse !! Tu écris avec le coeur et j’aime bien. Tu auras ma prochaine correspondance lundi au plus tard.

    • nahatabalama
      nahatabalama · octobre 20

      là c’est toi qui me répond avec le cœur on dirait…..hahahahaha. j’attends impatiemment de te relire.